LE PREMIER SECRÉTAIRE. C'est du poivre en barres, au contraire. Tu as donc perdu le goût?
LE DÉLÉGUÉ. Totalement.
LE DEUXIÈME SECRÉTAIRE. Eh bien, il faut boire du sang pour te retremper.
LE DÉLÉGUÉ. Tu es brutal, toi! une folie sombre!
LE DEUXIÈME SECRÉTAIRE. Veux-tu de l'éloquence?
LE DÉLÉGUÉ. Non, j'en ai. Donnez-moi plutôt du stoïcisme.
LE PREMIER SECRÉTAIRE. Tu manques de principes, nous le savons. Eh bien, écoute; qui veut la fin veut les moyens. Détruire ou être détruit, nous en sommes là, plus de milieu! ce que nous détruisons est le mal...
LE DÉLÉGUÉ. Je sais tout ça, flanquez-moi la paix! Je sais que, dans toutes les grandes entreprises, il y a un moment suprême où, pour combattre la lassitude et soutenir l'effort, il faut saisir le glaive de la cruauté et... (Reprenant sa tête dans ses mains crispées.) Ah! je n'en peux plus; je voudrais être mort!
LE PREMIER SECRÉTAIRE. Tu n'es plus bon qu'à mourir, si tu doutes!
LE DÉLÉGUÉ, (buvant encore.) Et, si je doutais, vous me dénonceriez, fanatiques enfants de la Révolution?