CADIO. Si Henri était là, il dirait oui pour moi, lui! C'est lui qui m'a fait penser que j'étais un peu plus qu'un chien... Sans doute vous le pensez aussi, puisque vous me demandez un service d'ami?

LOUISE. Oui, je te regarde comme un ami sérieux.

CADIO, (mélancolique toujours.) Alors, je suis content. Allez vous faire belle,--pour qu'on croie que vous m'épousez de bon coeur!

DEUXIÈME TABLEAU

Une heure s'est écoulée. La nuit est venue.--Les brumes de la Loire enveloppent l'horizon et rampent sur les prairies; au zénith, le ciel est parsemé d'étoiles brillantes.--La ferme est déserte et silencieuse, sauf la maison d'habitation, où brille la vive clarté du foyer à travers les vitres ternes et rougeâtres.--Les ombres vagues de quelques femmes passent et repassent vivement entre le vitrage et le foyer. Tout à coup les chiens aboient avec fureur.

SCÈNE PREMIÈRE.--LA MÈRE CORNY, avec une de ses Brus; puis SAINT-GUELTAS, RABOISSON, TIREFEUILLE.

LA MÈRE CORNY, (sur le seuil, regardant.) Qu'est-ce qu'ils ont donc à tant japper? avec ça qu'on n'a point d'hommes à la maison!

UNE DES BRUS, (venant aussi du dehors.) Je ne vois rien! c'est qu'ils entendent les noceux qui reviennent. Dépêchons-nous, ma mère. Il n'y a encore rien de prêt pour le souper.

LA MÈRE CORNY. Pourvu que mon homme ait pensé à inviter les garnisaires! Il faut ça pour avoir leurs témoignages.

LA BRU. Soyez tranquille, j'y ai été moi-même. (Elle rentre. Les chiens aboient toujours.--Saint-Gueltas et Raboisson, déguisés en paysans et suivis de Tirefeuille, se sont glissés dans la cour par le hangar.)