LA KORIGANE. Oui, j'obéirai. Tu veux que Louise soit ta femme?
SAINT-GUELTAS. Tu sais bien que cela ne se peut pas; mais je veux qu'elle m'appartienne, et cela sera, et il faut que tu le souffres.
LA KORIGANE. C'est bien, je le souffrirai.
SAINT-GUELTAS. Allons! c'est l'amour, cela! sans réserve, sans scrupule, sans égoïsme! (Lui frappant rudement le front.) Ah!... si je pouvais faire entrer ce feu sacré que tu as là, dans la tête de mes idoles!
LA KORIGANE. Tu sais que je t'aime mieux qu'elles, c'est tout ce qu'il me faut.
SAINT-GUELTAS. En route, alors! Appelle ta jeune maîtresse--et la vieille, dont je saurai bien me débarrasser.--Vite! Il ne faut pas que le jour nous surprenne ici.
SIXIÈME PARTIE
PREMIER TABLEAU
A Nantes.--Une petite chambre sous les toits.--Une trappe s'ouvre au plafond de bois en mansarde.--Une table est couverte de livres, de cartes de géographie, de journaux et de brochures. Un grabat et deux chaises de paille composent tout l'ameublement. La fenêtre, étroite et longue, plongeant sur les fossés formés par l'Erdre et la Loire, occupe le recoin d'une vieille maison très-élevée accolée à un angle de la prison du Bouffay.--La masse noire de l'antique édifice ne laisse percer qu'un rayon de lune qui frappe sur la guillotine, dressée en permanence sur la place des exécutions et aperçue par une échappée de murailles nues et sombres.--Cadio lit dans l'obscurité, où il semble voir comme un chat.--Henri entre. Il est en petite tenue militaire.