HENRI. Rien?
CADIO. Rien que les mots dont on se sert pour dire ce que l'on pense.
HENRI. C'est quelque chose!
CADIO. Oh! j'en avais déjà lu, des livres! Il y en avait au couvent où j'ai été. Les livres, c'est beau; mais la vérité, ça ne se lit pas, ça se trouve en priant Dieu.
HENRI. Tu es toujours mystique, alors? Soit; mais, comme il faut te rétablir entièrement au moral et au physique avant de t'exposer aux fatigues du service, qui ne sont pas des plus douces dans ce temps-ci, je vais t'envoyer passer quelques semaines à la campagne.
CADIO. Sans toi! Pourquoi ça?
HENRI. Le chirurgien du régiment, qui t'a si bien soigné et qui sait combien je tiens à te voir guéri, dit qu'il te faut changer d'air. Celui de Nantes est empesté, et tu es ici dans le foyer de l'infection des prisons et des massacres. Ah! mon pauvre Cadio, je n'avais jamais regretté la fortune, mais, en me trouvant si dénué au moment où tu étais si malade, j'ai eu du chagrin, va! Et puis, par là-dessus, être forcé de te quitter sans cesse!... Enfin nous voilà pour quelques jours tranquilles, j'espère. J'irai te voir à la Prévôtière.
CADIO. Qu'est-ce que c'est que la Prévôtière?
HENRI. Une maisonnette auprès d'une petite ferme qui appartient à un de mes camarades. Il l'a mise à ma disposition, c'est-à-dire à la tienne. C'est à deux ou trois lieues d'ici, au milieu des bois. Tu y trouveras des livres, et tu pourras reprendre la musique sans gêner les délibérations du tribunal révolutionnaire, qui siége ici tout à côté et qui ne se payerait pas de tes chansons quand il délibère.
CADIO. La musique... je n'y entendais rien! Je ne regrette pas celle que je faisais.