HENRI, (embrassant Marie.) Enfin, vous voilà sauvée, chère soeur!
MARIE, (serrant ses mains et celles de Cadio.) Enfin, vous voilà sauvés, chers amis! car, pour me délivrer, vous vous êtes exposés à de grands risques! Est-ce que nous pouvons parler librement ici?
HENRI. Je présume qu'il n'y a personne; mais je vais faire une visite domiciliaire avant de nous installer. (Il sort.)
CADIO. Vous avez eu peur, n'est-ce pas?
MARIE. Oui, pour vous deux, j'ai eu bien peur!
CADIO. Vous vouliez rester prisonnière! Ça doit être affreux, la prison.
MARIE. Ce qu'il y a de plus affreux, c'est d'entraîner ceux qu'on aime dans le malheur, le reste n'est rien. Ah! si j'avais pu vaincre votre résistance... mais, en résistant moi-même, je prolongeais votre danger. J'ai dû céder...
CADIO. Et vous avez bravement passé sur la planche: vous êtes une femme courageuse.
MARIE. Non, je suis née timide.
CADIO. C'est comme moi! On devient dur pour soi en devenant dur pour les autres.