Six semaines plus tard, à la Prévôtière, dans un petit bois qui descend en pente rapide vers le fond d'un étroit ravin.--A travers les branches d'un vieux chêne, on voit une série de ravins boisés qui bleuissent en s'éloignant.--Paysage peu varié, mais frais et charmant.--Marie est assise sur un groupe de rochers à l'ombre du chêne avec plusieurs enfants autour d'elle. Ce sont les enfants du fermier, à qui elle apprend à lire.
SCÈNE PREMIÈRE.--MARIE, deux Enfants.
MARIE. Allez jouer, si vous voulez, mes enfants; je suis très-contente de vous. (Les enfants s'éloignent, il en reste deux.)
UNE PETITE FILLE. C'est drôle!... Dites donc, mamselle Marie, à quoi ça sert de savoir lire? Maman dit que ça ne sert à rien.
UN PETIT GARÇON. Mais papa dit que ça sert à être bon citoyen. C'est les chouans, qui ne savent pas lire!
LA PETITE FILLE. Maman n'est pas chouan, et elle ne sait pas non plus.
MARIE. Ta maman est très-bonne, et, comme c'est ta maman, elle n'a pas besoin de savoir lire: elle n'a pas le temps, d'ailleurs; mais toi, qui n'es la maman de personne, il faut apprendre à écrire les comptes de ton papa.
LE PETIT GARÇON. Et moi, citoyenne Marie, est-ce que tu m'apprendras aussi à écrire?
MARIE. Certainement.
LE PETIT GARÇON. Pour quand je serai soldat, pas vrai? Papa dit qu'à présent, c'est nous les officiers, les avocats, les gros messieurs, les généraux, et tout!