REBEC, (qui sert avec Javotte le déjeuner préparé pour Raboisson et Saint-Gueltas.) Vous en venez?

MOTUS. Non pas moi, ni mon détachement. On a toujours tenu la campagne depuis un an contre la satanée chouannerie! (Il crache par terre en prononçant le mot chouannerie. Javotte fait comme lui par sympathie patriotique.)

REBEC. Alors, M. Henri... je veux dire le citoyen Sauvières, où est-il, lui?

MOTUS. Colonel à l'armée du Rhin en remplacement du colonel Ravaud. (A Javotte qui l'examine.) Allons, vivement, la jolie fille! Où diable vous ai-je vue? Des beautés de votre calibre, ça ne s'oublie pas!

JAVOTTE. Pardine! au château de Sauvières en 93! Je vous reconnais bien, moi!

MOTUS. Flatté de la circonstance.

REBEC. Et votre capitaine actuel, comment s'appelle-t-il?

MOTUS. Citoyen aubergiste, tu le lui demanderas à lui-même, et il te répondra si la chose lui paraît nécessaire et conforme au règlement de la civilité. Au reste, le voilà.

SCÈNE V.--Les Mêmes, LE CAPITAINE.

LE CAPITAINE, parlant sur le seuil à un lieutenant accompagné de quatre hommes, à voix basse. Posez les sentinelles et faites faire bonne garde. Ne souffrez pas de rixe avec les habitants, pas de provocation inutile. Vous rencontrerez des figures suspectes, n'arrêtez personne sans une absolue nécessité, tels sont les ordres supérieurs. N'engageons pas d'affaire avant l'arrivée des grenadiers. Dans deux heures, j'irai faire avec vous une reconnaissance, (Il entre seul dans l'auberge.)