LE BRETON, (découpant l'oie très-adroitement.) Doux Jésus! voilà une belle pièce par le temps qui court, pas vrai?
HENRI. Oui, pour un pays où règne la disette...
LE BRETON. Oh! depuis que les chiens d'Anglais lui ont débarqué des vivres, on n'y manque de rien; mais ça ne durera pas longtemps, allez! Les distributions sont mal faites, et chacun tire à soi la part des autres, sans compter ceux qui en trafiquent. C'est pas un gaspillage, mon bon Dieu, c'est un vrai pillage! Ça ne fait rien, profitons-en. Tenez, v'là du fameux vin! À votre santé!
HENRI. À la vôtre.
LE BRETON. Comment que vous le baptisez, ce vin-là?
HENRI. C'est du bordeaux de bonne qualité.
LE BRETON. Voyez-vous ces damnés Anglais qui régalent comme ça leur officiers, tandis que, vous autres, vous buvez de la piquette de pommes! C'est comme ça, hein?
HENRI. Si nous parlions d'affaires plus sérieuses, maître Tremeur? Vous me paraissez un bon vivant, et votre lettre que j'ai reçue à Auray m'a donné confiance; mais le temps est précieux...
LE BRETON. Patience, patience! Commençons par le commencement.--Vous connaissez bien Saint-Gueltas?
HENRI. Personnellement, non.