CADIO, (triste.) Henri! Henri! vous avez les idées d'un chevalier des temps passés! vous ne voyez pas que nous sommes encore loin du but où vous croyez toucher. Vous êtes un noble, vous, et peu vous importe le gouvernement qui sortira de cette tourmente, pourvu que votre caste soit amnistiée et réconciliée. Vous êtes si loyal et si pur, que vous croyez cela facile! Moi, je vous dis que cela est impossible, et que, si vos jeunes généraux se laissent entraîner à la sympathie que leur ont déjà trop inspirée la bravoure et l'obstination des Vendéens, le règne de l'égalité est ajourné de plusieurs siècles! Voilà ma pensée, mais je ne peux la dire qu'à toi, et toute la liberté dont on me gratifie consiste à me faire tuer dans cette bicoque que je suis chargé de défendre, chacun de mes hommes contre cent!
HENRI. Je vois que cela te préoccupe. Sache que les chouans ne veulent pas nous attaquer, aujourd'hui du moins!
CADIO. Aujourd'hui, il y aura quelque chose de grave, Henri! Je sens cela dans ma poitrine, (Il le regarde.) Il ne t'arrivera rien, à toi, Dieu merci!... Mais parlons d'autre chose! attends d'abord! (Il va à la porte de la cuisine.) Tu es là, Motus?
MOTUS, (approchant.) Présent, mon capitaine.
CADIO. Fais seller mon cheval, je vais faire une reconnaissance.
HENRI. J'irai avec toi.
MOTUS. Le poulet d'Inde... pardon! je veux dire le cheval du colonel sera prêt aussi dans cinq minutes. Il mange l'avoine. (Il sort.)
HENRI. Te voilà tout à coup très-ému; qu'est-ce que tu as?
CADIO. Rien! Tu me raconteras tes campagnes, n'est-ce pas? Ce doit être bien beau, de faire la guerre à de vrais soldats!
HENRI. Tu n'as pas voulu me suivre.