LOUISE. Souhaiter la mort de ce malheureux!... car c'est un duel à mort!... Ils l'ont dit! il faut que cela soit!... Oh! funeste et misérable existence que la mienne! Je n'avais qu'une consolation, un espoir, une raison de lutter et de vivre...

ROXANE. Ton pauvre enfant!... Oui, c'est un ange au ciel et un malheureux de moins sur la terre!... Mais... qu'est-ce que j'entends donc? les bleus font l'exercice à feu?

LOUISE, (écoutant.) Non, c'est autre chose... C'est un combat! (Elle court à la fenêtre.) Ceux qui nous gardaient s'éloignent, ils courent... On sonne l'alerte. Mon Dieu, que se passe-t-il? Et nous sommes enfermées ici!

SCÈNE XIII.--Les Mêmes, LA KORIGANE.

LA KORIGANE. Elle entre par la cuisine. N'ayez pas peur, c'est moi. Le marquis n'a pas pu se battre en duel. Je le suivais, je guettais. J'ai averti les chouans. Ils l'ont enlevé de force au bout de la rue: les bleus se sont crus trahis. Ils les poursuivent jusque dans la campagne; mais ils ont beau avoir des chevaux, les chouans savent courir!

ROXANE. Pourquoi as-tu fait cela? Tu veux donc que mon neveu soit exposé pour nous avoir reçues généreusement?

LA KORIGANE. Saint-Gueltas aurait tué Cadio, et je ne veux pas, moi!

ROXANE. Tu l'aimes donc toujours, ce Cadio?

LA KORIGANE. J'ai aimé les anges comme on doit les aimer et le diable comme il veut qu'on l'aime!

ROXANE. Selon toi, Cadio est un ange? Pourquoi?