HENRI, (qui a saisi un fusil.) Oui! Nous leur ferons d'ici plus de mal que de plain-pied. (Le combat recommence. Les cavaliers, arrivés en chargeant sur la place, sabrent et écrasent les chouans, qui fuient en désordre dans les rues adjacentes, mais qui reviennent bientôt en voyant le petit nombre de leurs adversaires. Henri, Cadio et Motus ont défait la barricade et se sont élancés sur l'escalier. Un hourra de leurs cavaliers les salue; mais plusieurs tombent. Les chouans se jettent dans les jambes des chevaux, les éventrent à coups de couteau et égorgent les hommes renversés ou les emportent sous la halle pour les mutiler. Louise et sa tante, muettes d'horreur et d'effroi, sont à la fenêtre. La Korigane a disparu. Javotte, armée d'une hache, frappe ceux qui approchent de l'escalier. Henri, Motus et Cadio l'ont descendu; mais, séparés par la mêlée du reste du détachement, ils sabrent sans pouvoir avancer. La petite troupe républicaine diminue à vue d'oeil. On se bat corps à corps avec furie. Tout à coup, le canon retentit à quelque distance. Le premier coup est à peine entendu au milieu des clameurs de la lutte. Au second, un instant de profond silence.)
LES CHOUANS. Victoire! c'est les Anglais! Vive le roi!
LES BLEUS, Henri en tête. C'est le général Hoche! Vive la République! (Une troupe de paysans sans armes et revenant du marché avec des femmes, des enfants et des troupeaux, arrive éperdue en criant: Les bleus! c'est les bleus! nous les avons vus, nous autres! Leurs boeufs et leurs charrettes achèvent de mettre la confusion et d'écraser les blessés et les cadavres. En un instant, la place est jonchée de paniers de volailles et de fromages que les chouans arrachent ou ramassent en fuyant et en criant en breton: Sauve qui peut!... Les cavaliers et leurs chefs leur donnent la chasse; Louise, Roxane et Javotte sont sur l'escalier.)
REBEC, (reparaissant sans qu'on sache d'où il sort.) Victoire!
JAVOTTE. C'est pas tout ça, on est vainqueur, mais y a du mal! Courons aux blessés!
ROXANE. Oui, oui, secourons ces braves républicains! Où vas-tu, Louise?
LOUISE. Leur chirurgien n'a pas été tué, je le vois là-bas... Je cours me mettre à sa disposition.
REBEC. Non, aidez-moi à organiser ici l'ambulance! Javotte, ma mie...
JAVOTTE. Je ne suis plus votre mie, vous vous êtes caché quand je me battais, vous n'êtes pas un homme!
SCÈNE XV.--LOUISE, MARIE, HENRI. (Pendant qu'on apporte et soigne les blessés, une chaise de poste percée de balles arrive au galop sur la place, avec une escorte de gendarmes volontaires dont quelques-uns sont blessés.--Marie s'élance sur l'escalier. Louise se jette dans ses bras.)