CADIO. Si tu as dit la vérité, tu n'as rien à craindre, tu seras libre dans deux heures.

SCÈNE IV.--CADIO, MOTUS, quelques Soldats. (Six heures du matin, même jour.--Un bois qui descend en pente au bord de la rivière du Loch, à une faible distance d'Auray.--En face est la prairie appelée aujourd'hui le Champ des Martyrs [7]. C'est le lieu de l'exécution, encore désert.)

[Note 7: ][ (retour) ] On a enclos cette prairie, et on y a élevé une chapelle expiatoire sous la Restauration. On y va en pèlerinage, et il s'y fait des miracles.

CADIO, (postant ses hommes de distance en distance dans le taillis qui borde le rivage.) Tenez-vous cachés et faites feu sur les prisonniers qui tenteraient de s'évader par ici, à moins que la trompette ne vous avertisse d'attendre. (À Motus.) Viens avec moi. (Ils montent un peu plus haut dans le bois.)

MOTUS. D'ici, mon capitaine, nous verrons sans qu'on nous voie, et nous distinguerons sans empêchement le lieu de l'exécution. La chose n'est point gaie, quoi qu'on en dise; mais nous ne sommes point ici pour notre plaisir.

CADIO. Non sans doute. Raboisson était un homme doux et railleur, ne croyant pas au bien, mais n'aimant pas le mal.

MOTUS. Tu l'as connu quand tu servais, malgré toi, de trompette sur la cornemuse, du temps de la guerre de Vendée?

CADIO. Oui, j'ai vu là plusieurs de ceux que je suis forcé de condamner aujourd'hui.

MOTUS. Te souviens-tu, mon capitaine, du jour où je t'ai bandé les yeux au château de Sauvières?...

CADIO. Oui certes, je m'en souviens, aujourd'hui surtout!