HENRI. Tu tiens donc bien à vive?

CADIO. Hélas! ma vie est bien mauvaise. Je suis un maudit, un rebut, une famine, une guenille, vous voyez! Dieu et les saints ne veulent plus de moi; mais je ferai pénitence. Laissez-moi vivre pour me repentir!

HENRI. Parle, et on te laissera vivre.

CADIO, (se relevant.) Tuez-moi, je ne parlerai pas.

LE CAPITAINE, (qui a été appeler Motus.) Prends-moi ce gaillard-là, et quinze balles dans la poitrine. (L'arrêtant et lui parlant bas.) N'y touche pas, c'est pour voir.

MOTUS, affectant un air terrible. On est prêt, mon Capitaine!

CADIO. Une grâce, messieurs les bleus! Laissez-moi jouer un air de biniou avant de mourir! C'est ma prière, à moi!

MOTUS. Ou ton signal pour appeler les autres brigands? Dis donc, blanc-bec, on n'est pas dupe comme ça dans les bleus!

CADIO. Vous me refusez ça? Allons! la volonté de Dieu soit faite! Bandez-moi les yeux que je ne voie pas les fusils! Oh! les fusils!... Bandez-moi les yeux!

LE CAPITAINE, (à Henri.) Singulier mélange de peur et de courage! (A Motus.) Bande-lui les yeux.