MARIE. Vous voulez un mot?

SAINT-GUELTAS. Oui, un seul.

MARIE. Eh bien, le voilà, je vous méprise!

SAINT-GUELTAS. Pour oser me dire un pareil mot, il faut que vous n'ayez pas compris mon projet. Vous vous imaginez que je veux déserter ma cause, quand, pour la mieux servir, je me sépare de ceux qui la perdent?

MARIE. Je ne juge pas votre politique, ce n'est pas la mienne, je ne m'intéresse pas à votre cause.

SAINT-GUELTAS. Que dites-vous là? Vous devenez folle!

MARIE. Non, monsieur, je suis patriote, je n'ai jamais cessé de l'être. J'ai suivi mademoiselle de Sauvières par affection, et, si je vous témoigne du mépris, c'est parce que vous parlez de l'abandonner dans une situation affreuse, après avoir forcé son père à vous suivre. Cela est indigne de quelqu'un qui se pique d'être gentilhomme, et l'offre que vous me faites de trahir mon amie est une insulte gratuite dont la honte retombe sur vous seul.

SAINT-GUELTAS. Je m'attendais à votre réponse, elle est d'un esprit imbu de préjugés, mais généreux et fier. Je vous en aime davantage, et votre conquête, pour être difficile, ne me semble que plus désirable. Je vous ramènerai, mademoiselle Marie, et vous m'aimerez passionnément, si je vis assez pour cela. Sinon vous me pardonnerez comme on pardonne aux morts, et vous me regretterez un peu! Voici votre amie, vous allez lui dire que je vous ai fait une déclaration dans les formes? C'est ce que je souhaite. Toutes deux vous allez dire du mal de moi, mais vous allez vous haïr l'une l'autre,... parce que vous voudrez triompher l'une de l'autre. Moi, je vous conseille de me tirer au sort.

MARIE. Ah! taisez-vous! Je rougis pour Louise de ce que vous pensez et de ce que vous dites!

SAINT-GUELTAS. Voulez-vous faire un pari avec moi? C'est qu'avant dix minutes vous serez brouillées. Tenez, je vais vous attendre là-bas, sous ce gros arbre, pour offrir mon bras à celle de vous qui aura la franchise de l'accepter. (Il s'éloigne. Louise approche, suivie de Cadio.)