—Pourquoi me surprendre? à quelle intention?

—Pour voir si le premier effet de votre surprise serait la joie ou le déplaisir.

—Voilà un très-mauvais sentiment, mon ami. C'est une méfiance de coeur qui me prouve que vous n'êtes pas aussi bien guéri que vous le dites.

—Il est permis de se méfier du peu qu'on vaut.

Pendant que Césarine causait ainsi avec son mari, j'observais ce dernier, et, d'abord émerveillée de l'aspect de force et de santé qu'il semblait avoir, je commençais à m'inquiéter d'un changement très-singulier dans sa physionomie. Ses yeux n'étaient plus les mêmes; ils avaient un brillant extraordinaire, et cet éclat augmentait à mesure que, provoqué aux explications, il se renfermait dans une courtoisie plus contenue. Était-il dévoré d'une secrète jalousie? avait-il un reste ou un retour de fièvre? ou bien encore cet oeil étincelant, qui semblait s'isoler de la paupière supérieure, était-il la marque ineffaçable que lui avait laissée la contraction nerveuse des grandes souffrances physiques?

En ce moment, Bertrand entra pour dire au marquis que Dubois était à ses ordres.

—Je comprends, répondit M. de Rivonnière: il veut m'emmener. Il craint que je ne sois fatigué, dites-lui que je suis très-bien et que j'attends M. Dietrich.

Puis il reprit son paisible entretien avec sa femme, la questionnant sur toutes les personnes de son entourage et ne paraissant pas avoir perdu la mémoire du moindre détail qui pût l'intéresser. Son oeil étrange m'étonnait toujours; il ne sembla entendre la voix de Dubois dans la pièce voisine. Je me levai comme sans intention, et je me hâtai d'aller le questionner.

—Il faut que madame la marquise renvoie M. le marquis, répondit-il à voix basse; c'est bientôt l'heure de son accès.

—Son accès de quoi?