—Parce que chaque sujet de trouble est toujours nouveau dans la vie. Aucune circonstance ne se présente identique à celle qui nous a servi d'expérience. Ne voyez donc d'absolu en moi que ce que j'y vois moi-même, une parfaite loyauté d'intentions. Il me serait facile de vous dire que je suis un être excellent, et que je réponds de le demeurer toujours. C'est le lieu commun que tout fiancé débite avec aplomb aux parents et amis de sa fiancée. Eh bien! si j'arrive à ce rare bonheur d'être le fiancé de votre Césarine, je serai aussi sincère qu'aujourd'hui, je vous dirai: «Je l'aime.» Je ne vous dirai pas que je suis digne d'elle à tous égards et que je mérite d'être adoré.

—Pourrez-vous au moins promettre de l'aimer toujours? Êtes-vous constant dans vos affections?

—Oui, certes, mon amitié est fidèle; mais en fait de femmes je n'ai jamais aimé que ma mère et ma soeur; je ne sais rien de l'amour qu'une femme pure peut inspirer.

—Que dites-vous là? Vous n'avez jamais aimé?

—Non; cela vous étonne?

—Quel âge avez-vous donc?

—Trente ans.

—Voici une mauvaise note pour mon carnet personnel… jamais aimé à trente ans!

—Que voulez-vous? Je ne peux pas appeler amour les émotions très-sensuelles qu'éprouve un adolescent auprès des femmes. Un peu plus tard, les gens de ma condition abordent le monde et n'y conservent pas d'illusions. Ils sont placés entre la coquetterie effrénée des femmes qui exploitent leurs hommages et l'avidité honteuse de celles qui n'exploitent que leur bourse. Ce sont les dernières qui l'emportent parce qu'il est plus facile de s'en débarrasser.

—Ainsi vous n'avez eu que des courtisanes pour maîtresses?