—Mais, en fait d'amis, vous avez moi et votre oncle. Vous ferez bien d'en rester là.
—Vous oubliez, cher père, quelques douzaines de jeunes et vieux cousins qui me sont très-cordialement dévoués, j'en suis sûre, et à qui vous trouvez bon que je témoigne de l'amitié. Aucun d'eux n'aspire à ma main. Les uns sont mariés, ou pères de famille; les autres savent trop ce qu'ils vous doivent pour se permettre de me faire la cour. Je ne vois pas pourquoi le marquis ne ferait pas comme eux, pour une autre raison: la crainte de m'ennuyer.
—Heureusement le marquis n'acceptera point cette situation ridicule.
—Pardon, mon papa; faute de mieux, il l'accepte.
—Ah oui-da! vous lui avez dit: «Soyez mon complaisant pour le plaisir de l'être?»
—Non, je lui ai dit: «Soyez mon camarade jusqu'à nouvel ordre.»
—Son camarade! s'écria M. Dietrich en s'adressant à moi avec un haussement d'épaules; elle devient folle, ma chère amie!
—Oui, je sais bien, reprit Césarine, ça ne se dit pas, ça ne se fait pas. Le fait est, ajouta-t-elle en éclatant de rire, que je n'ai pas le sens commun, cher papa! Eh bien! je dirai à M. de Rivonnière que vous m'avez trouvée absurde et que nous ne devons plus nous voir.
Là-dessus, elle prit son ouvrage et se mit à travailler avec une sérénité complète. Son père l'observa quelques instants, espérant voir percer le dépit ou le chagrin sous ce facile détachement. Il ne put rien surprendre; toute la contrariété fut pour lui. Il avait pris Jacques de Rivonnière en grande amitié. Il l'avait beaucoup encouragé, il le désirait vivement pour son gendre. Il n'avait pas assez caché ce désir à Césarine. Naturellement elle était résolue à l'exploiter.
Quand nous fûmes seules, je la grondai. Comme toujours, elle m'écouta avec son bel oeil étonné; puis, m'ayant laissée tout dire, elle me répondit avec une douceur enjouée: