—Si on vient, vous passerez par ici, moi par là; ce n'est pas l'usage qu'une jeune fille se ménage ainsi un tête-à-tête avec un jeune homme, et on me blâmerait. Moi, je ne me blâme pas, cela me suffit. Écoutez-moi; je sais que vous ne m'aimez pas, et je veux votre amitié. Je ne m'en irai que quand vous me l'aurez donnée.
Étourdi de ce début, mais ne croyant pas encore à une coquetterie si audacieuse, j'ai répondu que je ne pouvais aimer une personne sans la connaître, et que, ne pouvant pas la connaître, je ne pouvais pas l'aimer.
—Et pourquoi ne pouvez-vous pas me connaître?
—Parce que je n'en ai pas le temps.
—Vous croyez donc que ce serait bien long?
—C'est probable. Je ne sais rien du milieu qu'on appelle le monde. Je n'en comprends ni la langue, ni la pantomime, ni le silence.
—Alors vous ne voyez en moi que la femme du monde?
—N'est-ce pas dans le monde que je vous vois?
—Pourquoi n'avez-vous jamais voulu me voir en famille?
—Ma tante a dû vous le dire; je n'ai pas de loisirs.