—Vous avez toujours ajouté un mot que vous retranchez aujourd'hui. Vous disiez: Je ne veux pas encore me marier.
—Donc, selon vous, je vous ai laissé des espérances?
—Fort peu, j'en conviens; mais vous ne m'avez pas défendu d'espérer.
—Je vous le défends aujourd'hui.
—C'est un peu tard.
—Pourquoi? quels sacrifices m'avez-vous faits?
—Celui de mon amour-propre. J'ai consenti à promener sous tous les regards mon dévouement pour vous et à me conduire en homme qui n'attend pas de récompense; votre amitié me faisait trouver ce rôle très-beau, voilà qu'il vous paraît ridicule. C'est votre droit; mais quel remède m'apportez-vous?
—Il faut n'être plus amoureux de moi et dire à tout le monde que vous ne l'avez jamais été. Je vous aiderai à le faire croire. Je dirai que, dès le principe, nous étions convenus de ne pas gâter l'amitié par l'amour, que c'est moi qui vous ai retenu dans mon intimité, et, si l'on vous raille devant moi, je répondrai avec tant d'énergie que ma parole aura de l'autorité.
—Je sais que vous êtes capable de tout ce qui est impossible; mais je ne crains pas du tout la raillerie. Il n'y a de susceptible que l'homme vaniteux. Je n'ai pas de vanité. Le jour où la pitié bienveillante dont je suis l'objet deviendrait amère et offensante, je saurais fort bien faire taire les mauvais plaisants. Ne jetez donc aucun voile sur ma déconvenue; je l'accepte en galant homme qui n'a rien à se reprocher et qui ne veut pas mentir.
—Alors, mon ami, il faut cesser de nous voir, car, moi, je n'accepte pas la réputation de coquette fallacieuse.