—Pourquoi donc toujours chercher la force, quand la douceur serait plus puissante?
—Est-ce que je n'ai pas la douceur? Je croyais en avoir toutes les suavités?
—Tu en as toutes les apparences, tous les charmes; mais ce n'est pour toi qu'un moyen comme ta beauté, ton intelligence et tous tes dons naturels. Au fond, ton coeur est froid et ton caractère dur.
—Comme tu m'arranges, ce matin! Faut-il que je sois habituée à tes rigueurs! Eh bien! dis-moi, méchante: crois-tu que je pourrais devenir tendre, si je le voulais?
—Non, il est trop tard.
—Tu n'admets pas qu'un sentiment nouveau, inconnu, l'amour par exemple, pût éveiller des instincts qui dorment dans mon coeur!
—Non, ils se fussent révélés plus tôt. Tu n'as pas l'âme maternelle, tu n'as jamais aimé ni tes oiseaux, ni tes poupées.
—Je ne suis pas assez femme selon toi!
—Ni assez homme non plus.
—Eh bien! dit-elle en se levant avec humeur, je tâcherai d'être homme tout à fait. Je vais mener la vie de garçon, chasser, crever des chevaux, m'intéresser aux écuries et à la politique, traiter les hommes comme des camarades, les femmes comme des enfants, ne pas me soucier de relever la gloire de mon sexe, rire de tout, me faire remarquer, ne m'intéresser à rien et à personne. Voilà les hommes de mon temps; je veux savoir si leur stupidité les rend heureux!