—On ne me forcera à rien: on sait bien que ce serait tenter l'impossible. Mais on oubliera qu'Albert n'est pas le seul mari qui puisse me convenir, et Dieu sait quand on renoncera à la folle espérance de me voir reprendre pour lui l'affection que j'avais éprouvée d'abord. Et puis mon pauvre père, qui a la passion de la chasse, et qui a ici de quoi se satisfaire, se trouve fort bien dans ce maudit château, et fait toujours valoir quelque prétexte pour retarder notre départ, vingt fois projeté et jamais arrêté. Ah! si vous saviez, ma chère Nina, quelque secret pour faire périr dans une nuit tout le gibier de la contrée, vous me rendriez le plus grand service qu'âme humaine puisse me rendre.

—Je ne puis malheureusement que m'efforcer de vous distraire en vous faisant faire de la musique, et en causant avec vous le soir, lorsque vous n'aurez pas envie, de dormir. Je tâcherai d'être pour vous un calmant et un somnifère.

—Vous me rappelez, dit Amélie, que j'ai le reste d'une histoire à vous raconter. Je commence, afin de ne pas vous faire coucher trop tard:

«Quelques jours après la mystérieuse absence qu'il avait faite (toujours persuadé que cette semaine de disparition n'avait duré que sept heures), Albert commença seulement à remarquer que l'abbé n'était plus au château, et il demanda où on l'avait envoyé.»

«—Sa présence auprès de vous n'étant plus nécessaire, lui répondit-on, il est retourné à ses affaires. Ne vous en étiez-vous pas encore aperçu?

«—Je m'en apercevais, répondit Albert: quelque chose manquait à ma souffrance; mais je ne me rendais pas compte de ce que ce pouvait être.

«—Vous souffrez donc beaucoup, Albert? lui demanda la chanoinesse.

«—Beaucoup, répondit-il du ton d'un homme à qui l'on demande s'il a bien dormi.

«—Et l'abbé vous était donc bien désagréable? lui demanda le comte
Christian.

«—Beaucoup, répondit Albert du même ton.