«Je ne vous dirai point, répondait-il à ses questions et à ses instances, que ce soit une beauté. Une fille aussi pauvrement vêtue, et timide comme doit l'être, en présence d'un seigneur et d'un juge de votre sorte, un enfant du peuple qui n'a jamais été l'objet de la moindre attention, ne saurait se passer d'un peu de toilette et de préparation. Et puis la Consuelo est de celles que l'expression du génie rehausse extraordinairement. Il faut la voir et l'entendre en même temps. Laissez-moi faire: si vous n'en êtes pas content, vous me la laisserez, et je trouverai bien moyen d'en faire une bonne religieuse, qui fera la gloire de l'école, en formant des élèves sous sa direction.»

Tel était en effet l'avenir que jusque là le Porpora avait rêvé pour
Consuelo.

Quand il revit son élève, il lui annonça qu'elle aurait à être entendue et jugée par le comte. Mais comme elle lui eprima naïvement sa crainte d'être trouvée laide, il lui fit croire qu'elle ne serait point vue, et qu'elle chanterait derrière la tribune grillée de l'orgue, le comte assistant à l'office dans l'église. Seulement il lui recommanda de s'habiller décemment, parce qu'elle aurait à être présentée ensuite à ce seigneur; et, bien qu'il fût pauvre aussi, le noble maître, il lui donna quelque argent à cet effet. Consuelo, tout interdite, tout agitée, occupée pour la première fois du soin de sa personne, prépara donc à la hâte sa toilette et sa voix; elle essaya vite la dernière, et la trouvant si fraîche, si forte, si souple, elle répéta plus d'une fois à Anzoleto, qui l'écoutait avec émotion et ravissement: «Hélas! pourquoi faut-il donc quelque chose de plus à une cantatrice que de savoir chanter?»

X.

La veille du jour solennel, Anzoleto trouva la porte de Consuelo fermée au verrou, et, après qu'il eut attendu presque un quart d'heure sur l'escalier, il fut admis enfin à voir son amie revêtue de sa toilette de fête, dont elle avait voulu faire l'épreuve devant lui. Elle avait une jolie robe de toile de Perse à grandes fleurs, un fichu de dentelles, et de la poudre. Elle était si changée ainsi, qu'Anzoleto resta quelques instants incertain, ne sachant si elle avait gagné ou perdu à cette transformation. L'irrésolution que Consuelo lut dans ses yeux fut pour elle un coup de poignard.

«Ah! tiens, s'écria-t-elle, je vois bien que je ne te plais pas ainsi. A qui donc semblerai-je supportable, si celui qui m'aime n'éprouve rien d'agréable en me regardant?

—Attends donc un peu, répondit Anzoleto; d'abord je suis frappé de ta belle taille dans ce long corsage, et de ton air distingué sous ces dentelles. Tu portes à merveille les larges plis de ta jupe. Mais je regrette tes cheveux noirs … du moins je le crois…. Mais c'est la tenue du peuple, et il faut que tu sois demain une signora.

—Et pourquoi faut-il que je sois une signora? Moi, je hais cette poudre qui affadit, et qui vieillit les plus belles. J'ai l'air empruntée sous ces falbalas; en un mot, je me déplais ainsi, et je vois que tu es de mon avis. Tiens, j'ai été ce matin à la répétition, et j'ai vu la Clorinda qui essayait aussi une robe neuve. Elle était si pimpante, si brave, si belle (oh! celle-là est heureuse, et il ne faut pas la regarder deux fois pour s'assurer de sa beauté), que je me sens effrayée de paraître à côté d'elle devant le comte.

—Sois tranquille, le comte l'a vue; mais il l'a entendue aussi.

—Et elle a mal chanté?