«En ce cas, dit-il, je ne compromets pas ton avenir. Je serai si prudent, si adroit, je marcherai si légèrement, je te parlerai si bas, que ta réputation ne sera pas ternie. D'ailleurs, ne suis-je pas ton frère? Devant partir à l'aube du jour, qu'y aurait-il d'extraordinaire à ce que j'aille te dire adieu?
—Non! non! ne venez pas! dit Consuelo épouvantée. L'appartement du comte Albert n'est pas éloigné; peut-être a-t-il tout deviné… Anzoleto, si vous vous exposez… je ne réponds pas de votre vie. Je vous parle sérieusement, et mon sang se glace dans mes veines!»
Anzoleto sentit en effet sa main, qu'il avait prise dans la sienne, devenir plus froide que le marbre.
«Si tu discutes, si tu parlementes à ta porte, tu exposes mes jours, dit-il en souriant; mais si ta porte est ouverte, si nos baisers sont muets, nous ne risquons rien. Rappelle-toi que nous avons passé des nuits ensemble sans éveiller un seul des nombreux voisins de la Corte-Minelli. Quant à moi, s'il n'y a pas d'autre obstacle que la jalousie du comte, et pas d'autre danger que la mort….»
Consuelo vit en cet instant le regard du comte Albert, ordinairement si vague, redevenir clair et profond en s'attachant sur Anzoleto. Il ne pouvait entendre; mais il semblait qu'il entendit avec les yeux. Elle retira sa main de celle d'Anzoleto, en lui disant d'une voix étouffée:
«Ah! si tu m'aimes, ne brave pas cet homme terrible!
—Est-ce pour toi que tu crains dit Anzoleto rapidement.
—Non, mais pour tout ce qui m'approche et me menace.
—Et pour tout ce qui t'adore, sans doute? Eh bien, soit. Mourir à tes yeux, mourir à tes pieds; oh! je ne demande que cela. J'y serai à minuit; résiste, et tu ne feras que hâter ma perte.
—Vous partez demain, et vous ne prenez congé de personne? dit Consuelo en voyant qu'il saluait le comte et la chanoinesse sans leur parler de son départ.