—Tenez, tenez! ma belle demoiselle, s'écria le jeune homme tout joyeux. Prenez le pain et le couteau, et taillez vous-même. Mais n'y mettez pas de façons, au moins! Je ne suis pas gros mangeur, et j'en avais là pour toute ma journée.
—Mais aurez-vous la facilité d'en acheter d'autre pour votre journée?
—Est-ce qu'on ne trouve pas du pain partout? Allons, mangez donc, si vous voulez me faire plaisir!»
Consuelo ne se fit pas prier davantage; et, sentant bien que ce serait mal reconnaître l'élan fraternel de son amphitryon que de ne pas manger en sa compagnie, elle se rassit non loin de lui, et se mit à dévorer ce pain, au prix duquel les mets les plus succulents qu'elle eût jamais goûtés à la table des riches lui parurent fades et grossiers.
«Quel bon appétit vous avez! dit l'enfant; cela fait plaisir à voir. Eh bien, j'ai du bonheur de vous avoir rencontrée; cela me rend tout content. Tenez, croyez-moi, mangeons-le tout; nous retrouverons bien une maison sur la route aujourd'hui, quoique ce pays semble un désert.
—Vous ne le connaissez donc pas? dit Consuelo d'un air d'indifférence.
—C'est la première fois que j'y passe, quoique je connaisse la route de Vienne à Pilsen, que je viens de faire, et que je reprends maintenant pour retourner là-bas.
—Où, là-bas? à Vienne?
—Oui, à Vienne; est-ce que vous y allez aussi?»
Consuelo, incertaine si elle accepterait ce compagnon de voyage, ou si elle l'éviterait, feignit d'être distraite pour ne pas répondre tout de suite.