—A propos, il faut que nous ayons des noms de guerre, c'est l'usage: le vôtre est tout trouvé pour moi. Je dois, conformément à mes manières italiennes, vous appeler Beppo, c'est l'abréviation de Joseph.
—Appelez-moi comme vous voudrez. J'ai l'avantage d'être aussi inconnu sous un nom que sous un autre. Vous, c'est différent. II vous faut un nom absolument: lequel choisissez-vous?
—La première abréviation vénitienne venue, Nello, Maso, Renzo, Zoto…. Oh! non pas celui-là, s'écria-t-elle après avoir laissé échapper par habitude la contraction enfantine du nom d'Anzoleto.
—Pourquoi pas celui-là? reprit Joseph qui remarqua l'énergie de son exclamation.
—Il me porterait malheur. On dit qu'il y a des noms comme cela.
—Eh bien donc, comment vous baptiserons-nous?
—Bertoni. Ce sera un nom italien quelconque, et une espèce de diminutif du nom d'Albert.
—Il signor Bertoni! cela fait bien! dit Joseph en s'efforçant de sourire.»
Mais ce souvenir de Consuelo pour son noble fiancé lui enfonça un poignard dans le coeur. Il la regarda marcher devant lui, leste et dégagée:
«A propos, se dit-il pour se consoler, j'oubliais que c'est un garçon!»