—Votre Majesté devait pardonner au trouble affreux dans lequel m'avait plongé la résolution d'un scélérat…

—Vous ne savez ce que vous dites! cet homme était un fanatique, un malheureux dévot catholique, exaspéré par les sermons que les curés de la Bohême ont fait contre moi durant la guerre; il était poussé à bout d'ailleurs par quelque malheur personnel. Il faut que ce soit quelque paysan enlevé pour mes armées, un de ces déserteurs que nous reprenons quelquefois malgré leurs belles précautions…

—Votre Majesté peut compter que demain celui-là sera repris et amené devant elle.

—Vous avez donné des ordres pour qu'on l'enlevât au comte Hoditz?

—Pas encore, Sire; mais sitôt que je serai arrivé à Neïsse, je lui dépêcherai quatre hommes très-habiles et très-déterminés…

—Je vous le défends: vous prendrez au contraire des informations sur le compte de cet homme; et si sa famille a été victime de la guerre, comme il semblait l'indiquer dans ses paroles décousues, vous veillerez à ce qu'il lui soit compté une somme de mille reichsthalers, et vous le ferez désigner aux recruteurs de la Silésie, pour qu'on le laisse à jamais tranquille. Vous m'entendez? Il s'appelle Karl; il est très-grand, il est Bohémien, il est au service du comte Hoditz: c'en est assez pour qu'il soit facile de le retrouver, et de s'informer de son nom de famille et de sa position.

—Votre Majesté sera obéie.

—Je l'espère bien! Que pensez-vous de ce professeur de musique?

—Maître Porpora? Il m'a semblé sot, suffisant et d'une humeur très-fâcheuse.

—Et moi je vous dis que c'est un homme supérieur dans son art, rempli d'esprit et d'une ironie fort divertissante. Quand il sera rendu avec son élève à la frontière de Prusse, vous enverrez au-devant de lui une bonne voiture.