«Il mio cor si divide…»
Allons, voilà encore cette maudite phrase qui me revient! La peste soit de ma mémoire!… Que ferai-je pour dormir?… Quatre heures du matin, c'est inouï!… J'en ferai une maladie!»
Une idée lumineuse vint enfin au secours du bon chanoine; il se leva, prit son écritoire, et résolut de travailler à ce fameux livre entrepris depuis si longtemps, et non encore commencé. Il lui fallait consulter le Dictionnaire du droit canonique pour se remettre dans son sujet; il n'en eut pas lu deux pages que ses idées s'embrouillèrent, ses yeux s'appesantirent, le livre coula doucement de l'édredon sur le tapis, la bougie s'éteignit à un soupir de béatitude somnolente exhalé de la robuste poitrine du saint homme, et il dormit enfin du sommeil du juste jusqu'à dix heures du matin.
Hélas! que son réveil fut amer, lorsque, d'une main engourdie et nonchalante, il ouvrit le billet suivant, déposé par André sur son guéridon, avec sa tasse de chocolat!
«Nous partons, monsieur et révérend chanoine; un devoir impérieux nous appelait à Vienne, et nous avons craint de ne pouvoir résister à vos généreuses instances. Nous nous sauvons comme des ingrats: mais nous ne le sommes point, et jamais nous ne perdrons le souvenir de votre hospitalité envers nous, et de votre charité sublime pour l'enfant abandonné. Nous viendrons vous en remercier. Avant huit jours, vous nous reverrez; veuillez différer jusque là le baptême d'Angèle, et compter sur le dévouement respectueux et tendre de vos humbles protégés.»
«BERTONI, BEPPO.»
Le chanoine pâlit, soupira et agita sa sonnette.
«Ils sont partis? dit-il à André.
—Avant le jour, monsieur le chanoine.
—Et qu'ont-ils dit en partant? ont-ils déjeuné, au moins? ont-ils désigné le jour où ils reviendraient?