—Ah! oui, grâces au bon Dieu avant tout! dit la pauvre femme en se jetant à genoux. Et toi, Maria, dit-elle à sa petite fille, baise la terre avec moi pour remercier les anges gardiens et la sainte Vierge. Ton papa est retrouvé, et nous allons bientôt le revoir.
—Dites-moi, chère femme, observa Consuelo, Karl a-t-il aussi l'habitude de baiser la terre quand il est bien content?
—Oui, mon enfant; il n'y manque pas. Quand il est revenu après avoir déserté, il n'a pas voulu passer la porte de notre maison sans en avoir baisé le seuil.
—Est-ce une coutume de votre pays?
—Non; c'est une manière à lui, qu'il nous a enseignée, et qui nous a toujours réussi.
—C'est donc bien lui que nous avons vu, reprit Consuelo; car nous lui avons vu baiser la terre pour remercier ceux qui l'avaient délivré. Tu l'as remarqué, Beppo?
—Parfaitement! C'est lui; il n'y a plus de doute possible.
—Venez donc que je vous presse contre mon coeur, s'écria la femme de Karl, ô vous deux, anges du paradis, qui m'apportez une pareille nouvelle. Mais contez-moi donc cela!»
Joseph raconta tout ce qui était arrivé; et quand la pauvre femme eut exhalé tous ses transports de joie et de reconnaissance envers le ciel et envers Joseph et Consuelo qu'elle considérait avec raison comme les premiers libérateurs de son mari, elle leur demanda ce qu'il fallait faire pour le retrouver.
«Je crois, lui dit Consuelo, que vous ferez bien de continuer votre voyage. C'est à Vienne que vous le trouverez, si vous ne le rencontrez pas en chemin. Son premier soin sera d'aller faire sa déclaration à sa souveraine, et de demander dans les bureaux de l'administration qu'on vous signale en quelque lieu que vous soyez. Il n'aura pas manqué de faire les mêmes déclarations dans chaque ville importante où il aura passé, et de prendre des renseignements sur la route que vous avez tenue. Si vous arrivez à Vienne avant lui, ne manquez pas de faire savoir à l'administration où vous demeurez, afin que Karl en soit informé aussitôt qu'il s'y présentera.