Je commençai, ce jour-là, à faire quelques réflexions sur les puissants accidents de la nature au milieu desquels j'avais grandi sans m'en étonner, et, au bout d'un instant de silence, me retournant vers la roche Sanadoire, je demandai à mon maître qu'est-ce qui avait fait ces choses-là.
—C'est Dieu qui a fait toutes choses, répondit-il, vous le savez bien.
—Je sais; mais pourquoi a-t-il fait des endroits qu'on dirait tout cassés, comme s'il avait voulu les défaire après les avoir faits?
La question était fort embarrassante pour maître Jean, qui n'avait aucune notion des lois naturelles de la géologie et qui, comme la plupart des gens de ce temps-là, mettait encore en doute l'origine volcanique de l'Auvergne. Cependant, il ne lui convenait pas d'avouer son ignorance, car il avait la prétention d'être instruit et beau parleur. Il tourna donc la difficulté en se jetant dans la mythologie et me répondit emphatiquement:
—Ce que vous voyez là, c'est l'effort que firent les titans pour escalader le ciel.
—Les titans! qu'est-ce que c'est que cela? m'écriai-je voyant qu'il était en humeur de déclamer.
—C'était, répondit-il, des géants effroyables qui prétendaient détrôner Jupiter et qui entassèrent roches sur roches, monts sur monts, pour arriver jusqu'à lui; mais il les foudroya, et ces montagnes brisées, ces autres éventrées, ces abîmes, tout cela, c'est l'effet de la grande bataille.
—Est-ce qu'ils sont tous morts? demandai-je.
—Qui ça? les titans?
—Oui; est-ce qu'il y en a encore?