C'est ainsi que je me traîne, moi qui naguère aurais défié, sur ma bonne Lyska, un parti de miguelets. Maintenant, empaquetée de flanelles et fraîche comme une momie dans ses bandelettes, je voyage, en un jour, de mon cabinet au salon, et une de mes jambes est auprès de la cheminée dudit appartement, que l'autre est encore dans la salle à manger. Si cet état fâcheux continue, je vous prie de m'acheter une de ces brouettes dans lesquelles on voiture les culs-de-jatte dans les rues de Paris; nous y attellerons Brave, et nous parcourrons ainsi les villes et les campagnes, pour attirer la pitié des âmes sensibles. Fleury fera des tours de force, et Charles avalera dès épées comme les jongleurs indiens, ou des souris comme Jacques de Falaise; on lui laissera le choix.

Et, à propos de Brave, je viens de lui rendre visite dans sa niche. Après les politesses d'usage, je lui ai lu le paragraphe de votre lettre qui le concerne. Il eh a été fort mécontent, et, me suivant dans mon cabinet, où il est présentement étendu devant le feu, il m'a prié d'écrire sous sa dictée une réponse aux accusations dont vous le chargez. Je souscris à sa demande, et vous quitte pour servir d'interprète à ce bon animal.

Adieu donc, mes chers camarades; écrivez-moi souvent. Quelque bêtes que vous puissiez être, je vous promets de n'être jamais en reste avec vous. Je vous tiens quitte des compliments.

Pauvre Fleury! accouchez donc vite de ce fatal choléra-morbus, prenez du tabac à fortes doses, il partira dans les éternuements.

Et vous, jeune Chariot, au milieu des tumultueux plaisirs de cette ville de bruit et de prestiges, n'oubliez pas la plus ancienne, de vos amies.

Une poignée de main à tous les trois, quoique Rochou-Daubert n'aime pas cela dans une femme.

AURORE D.

[1] Coiffeur à la Châtre. [2] Autre coiffeur à la Châtre.

XLVI

A M. CHARLES DUVERNET, A PARIS