J'irai à Paris cet été. Tant que vous me témoignerez que je vous suis agréable et chère, vous me verrez heureuse et reconnaissante. Si je trouve autour de vous des critiques amères, des soupçons offensants (vous comprenez que ce n'est pas de vous que je les crains), je laisserai la place au plus puissant, et, sans vengeance, sans colère, je jouirai de ma conscience et de ma liberté. Vous avez trop d'esprit pour ne pas reconnaître bientôt que je ne mérite pas toute cette dureté.
Adieu, chère petite maman; mes enfants se portent bien; ma fille est belle et mauvaise, Maurice est maigre et bon. Je suis contente de son caractère et de son travail. Je gâte un peu ma grosse fille: l'exemple de Maurice, qui est devenu si doux, me rassure pour l'avenir.
Écrivez-moi, chère maman; je vous embrasse de toute mon âme.
LXVII
A MADAME DUVERNET MÈRE, A LA CHATRE
Nohant, lundi, juin 1831.
Chère dame,
Je rentre toute comblée de votre bonne amitié et de votre douce hospitalité. Je trouve non pas M. de Latouche, mais une lettre de lui m'annonçant que des affaires imprévues, relatives au Figaro avec M. le préfet de la Charente, qui vient de se déclarer en faillite, l'ont empêché de partir au moment où il allait enfin se décider. Il nous promet d'arriver quand nous ne l'attendrons plus. Il se plaint un peu du silence de Charles et du vôtre.
Ne viendrez-vous pas aussi manger mes petits pois, cueillir mes fleurs et choisir vous-même vos petites colonies d'oeillets? Deux ou trois rayons de soleil sècheront nos chemins, et vous avez une infinité de pataches en votre possession. Accordez-moi donc une bonne journée tout entière avec le bon meunier, son fils et l'âne… Je ne vois autour de vous que le desservant de T… que nous puissions insulter ainsi. Je n'ose quasi pas vous embrasser après une pareille pensée.