Bonsoir, chère; rappelez-moi au souvenir de votre soeur chérie. Battez ferme, pour moi, sur le dos d'Enrico, et aimez-moi toujours, car je vous aime pour toujours.
G. SAND.
[1] Françoise Meillant, ancienne domestique de madame Sand.
CCXXIX
A M. CHARLES DUVERNET, A LA CHÂTRE
Nohant, 8 octobre 1843.
Mon cher Charles,
Arnault l'imprimeur à consenti à imprimer cinq cents exemplaires de Fanchette, pour une somme fort minime, à départir entre les gens de bonne volonté, mais dont je me chargerais au besoin, pourvu que ce ne fût pas trop ostensiblement. On m'accuserait de vanité littéraire, de haine politique ou d'amour du scandale si j'avais l'air de pousser, à une publicité particulière dans la localité. Cela m'est parfaitement égal, quant à moi, mais diminuerait peut-être dans quelques esprits la bonne impression que la lecture du fait a produite.
L'indignation est bonne aux humains et c'est ce qui leur manque le plus dans ce temps-ci. Si on pouvait susciter un peu de ce sentiment chez les ouvriers et les artisans de la Châtre, cela les rendrait meilleurs; ne fût-ce qu'un quart d'heure, ce serait toujours cela! Je serais donc flattée d'émouvoir ce public-là un instant; et je crois que quiconque sait épeler peut comprendre le style trivial de Blaise Bonnin.
Que ne pouvons-nous faire un journal! Je vous fournirais une série de lettres du même genre, où les moindres sujets, traités avec bonne foi, avec moquerie ou avec colère, feraient quelque impression sur les gens du petit état, et tu sais que ce sont ceux-là qui m'occupent. Les plus bêtes d'entre eux sont plus éducables, selon moi, que les plus, fameux d'entre nous, par la même raison qu'un enfant inculte peut tout apprendre, et qu'un vieillard savant et habile ne peut plus réformer en lui aucun vice, aucune erreur. Ceci ne s'applique qu'à notre génération; ce serait nier l'avenir, et Dieu m'en préserve! Tout le monde se corrigera, grands et petits. Mais, si nous donnons aujourd'hui quelques leçons aux petits, je suis persuadée qu'ils nous le rendront bien un jour.