Ne tardez pas à faire remettre votre portrait à Calamatta. Il en est fort pressé.

Ayez la bonté aussi, mon vieux, de cacheter le paquet avant de l'envoyer à la Revue, rue des Beaux Arts, 10. Si vous le remettiez vous-même, cela ma ferait grand plaisir; car il y a pour deux mille francs de manuscrit.

[1] Luigi Calamatta.

CLXVI

À M. CALAMATTA, A PARIS

Nohant, 20 mars 1837

Carissimo.

Je mets aujourd'hui à la diligence le portrait de Listz. J'ai écrit a Planche, non de votre part, mais de mon fait, qu'il eût à faire un grand et excellent article sur vous dans la Revue des Deux Mondes. Je suis presque sûre qu'il le fera. J'ai écrit aussi une longue lettre à Janin. Je ne réponds pas de lui, quoique je l'aie flagorné à votre intention. Il est très bon, mais fantasque et oublieux. Vous feriez bien, dans deux ou trois jours, d'aller le voir. C'est un homme qu'il faut traiter rondement.

Ne lui lâchez pas votre gravure sans avoir l'article; promettez-la-lui, sans condition. Il n'est pas connaisseur; peut-être sera-t-il plus désireux, du Napoléon à cause du sujet; je crois qu'il ne l'a pas. Au reste, je lui ai entendu dire plusieurs fois que vous étiez le plus grand graveur de l'Europe. Un article de lui dans les Débats vous vaudrait mieux pour la vente que tous les autres.—Le mien paraîtra dans le Monde; il y sera le 20. Vous en aurez un dans l'Artiste. Le précepteur de Maurice [1], qui a beaucoup de talent, y rédige. On me répond aussi d'un article dans le Temps. Didier et Arago peuvent aussi vous faire mousser dans d'autres journaux. Listz lui-même peut y contribuer, il voit tout Paris. Il est certain qu'ils ne vous négligeront pas.

Pour moi, je suis, beaucoup plus occupée de votre succès que je ne l'ai jamais été d'aucun de mes ouvrages, et, si vous réussissez autant que vous le méritez, j'en aurai plus de joie que s'il s'agissait de moi-même.