Je suis bien fâchée, cher enfant, de vous donner ces embarras, bien fâchée surtout de ne pas rester plus longtemps avec vous; mes affaires m'ont tenue esclave du jour de départ de Paris, et maintenant j'ai pris rendez-vous à Perpignan avec Mendizabal, ministre d'Espagne, qui m'est tout à fait indispensable pour m'installer en Espagne. Ainsi, je compte sur vous pour me faire arriver à temps. S'il faut passer une nuit en diligence, Maurice s'y résignera; car ce sera la seule du voyage, et nous allons très doucement jusque chez vous. Nous voici à Lyon sans aucune fatigue. Nous en repartons après-demain 25.
Adieu et à bientôt, cher ami. Nous vous embrassons tendrement.
GEORGE.
[1] Directeur général des postes.
CLXXXIV
A MADAME MARLIANI, A PARIS
Perpignan, novembre 1838.
Chère bonne,
Je quitte la France dans deux heures. Je vous écris du bord de la mer la plus bleue, la plus pure, la plus unie; on dirait d'une mer de Grèce, ou d'un lac de Suisse par le plus beau jour. Nous nous portons bien tous.
Chopin est arrivé hier soir à Perpignan, frais comme une rose, et rose comme un navet; bien portant d'ailleurs, ayant supporté héroïquement ses quatre nuits de malle-poste. Quant à nous, nous avons voyagé lentement, paisiblement, et entourés, à toutes les stations, de nos amis, qui nous ont comblés de soins.