Le président, j'en reste et j'en resterai convaincue, est un infortuné, victime de l'erreur et de la souveraineté du but. Les circonstances, c'est-à-dire les ambitions de parti, l'ont porté au sein de la tourmente. Il s'est flatté de la dominer; mais il est déjà submergé à moitié et je doute qu'à l'heure qu'il est, il ait conscience de ses actes.
Adieu, mon ami; voilà tout pour aujourd'hui. Ne me parlez plus de ce qu'on dit et écrit contre moi. Cachez-le-moi; je suis assez dégoûtée comme cela et je n'ai pas besoin de remuer cette boue. Vous êtes assez renseigné par cette lettre pour me défendre s'il y a lieu, sans me consulter. Mais ceux qui m'attaquent méritent-ils que je me défende? Si mes amis me soupçonnent, c'est qu'ils n'ont jamais été dignes de l'être, qu'ils ne me connaissent pas, et alors je veux m'empresser de les oublier.
Quant à vous, cher vieux, restez où vous êtes jusqu'à ce que cette situation s'éclaircisse, ou bien, si vous voulez venir pour quelque temps, dites-le-moi. Baraguay-d'Hilliers ou tout autre peut, je crois, demander un sauf-conduit pour que vous veniez donner un coup d'oeil à vos affaires. Mais n'essayons rien de définitif avant que le danger d'un nouveau bouleversement soit écarté des imaginations.
GEORGE SAND.
CCCXLVIII
A M. ERNEST PÉRIGOIS, A LA PRISON DE CHÂTEAUROUX
Paris, 24 février 1852.
Mon cher ami, je vous remercie de votre bonne lettre. Elle m'a fait un grand plaisir. On ne me soupçonne donc pas parmi vous? À la bonne heure, je vous en sais gré, et je puiserai dans cette justice de mes compatriotes un nouveau courage. Ce n'est pas la même chose ici. Il y a des gens qui ne peuvent croire au courage du coeur et au désintéressement du caractère; et on m'abîme par correspondance dans les journaux étrangers. Qu'importe, n'est-ce pas?
Si je vous voyais, je vous donnerais des détails sur mes démarches et sur mes impressions personnelles, qui vous intéresseraient; mais je peux les résumer en quelques lignes qui vous donneront la mesure des choses.
Le nom dont on s'est servi pour accomplir cette affreuse boucherie de réaction n'est qu'un symbole, un drapeau qu'on mettra dans la poche et sous les pieds le plus tôt qu'on pourra. L'instrument n'est pas disposé à une éternelle docilité. Humain et juste par nature, mais nourri de celle idée fausse et funeste que la fin justifie les moyens, il s'est persuadé qu'on pouvait laisser faire beaucoup de mal pour arriver au bien, et personnifier la puissance dans un homme pour faire de cet homme la providence d'un peuple.