Vous me trouverez bien triste et bien découragée. Je suis malade de nouveau; des chagrins personnels affreux contribuent peut-être à me donner un nouvel accès de spleen! mais à Dieu ne plaise que je veuille faire des prosélytes à mon spleen. Voilà pourquoi je ne publie rien sous l'influence de mon mal. Je tâcherai pourtant d'écrire pour vous, sous la forme d'une lettre. Si je n'y réussis pas, c'est que mon coeur est brisé. Mais les morceaux en sont bons, comme on dit chez nous, et, avec un peu de temps, ils se recolleront, j'espère.

Recevez-vous l'Événement là où vous êtes? J'y ai publié ces jours-ci un article que les préoccupations du moment, la crise ministérielle ont fait oublier de reproduire dans les autres journaux. Je voudrais pouvoir vous l'envoyer; mais on ne me l'a pas envoyé à moi-même. C'est par hasard que cet article a été donné à ce journal. Il est intitulé Aux modérés. C'est peu de chose, littérairement parlant; mais vous y verrez, s'il vous tombe sous la main, que je ne suis pas obstinée.

Je vous aime et vous embrasse. Maurice aussi, Borie aussi. Il est poursuivi pour un délit de presse où, comme de juste, il a mille fois raison contre ses accusateurs.

CCCIX

A M. X…

Nohant, janvier 1850.

Monsieur,

Tout, en vous remerciant de beaucoup d'éloges et de bienveillance que vous m'accordez, permettez-moi de rectifier plusieurs faits absolument controuvés dans ma biographie, écrite par vous, et dont une revue me fait connaître des fragments.

Je sais comme, tout le monde le genre d'importance qu'il faut attacher à ces biographies contemporaines faites par inductions, par déductions et par suppositions, plus ou moins ingénieuses, plus ou moins gratuites. La mienne surtout n'a aucune chance d'être fidèle de la part d'un écrivain dont je n'ai pas l'honneur d'être connue, et qui n'a reçu de moi, ni des personnes qui me connaissent réellement, aucune espèce de communication.

Ces biographies contemporaines peuvent avoir une valeur sérieuse comme critique littéraire; mais comme document historique, on peut dire qu'elles n'existent pas.