En attendant de vos nouvelles et la repromesse de votre retour, nous nous mettons deux pour vous embrasser tendrement. Marie vous fait une belle révérence.

G. SAND.

CDXCII

A MAURICE SAND, A BORD DU JÉROME-NAPOLÉON

Nohant, 1er septembre 1861.

Je vois à tes lettres que, tout en rendant justice aux Américains, tu éprouves parmi eux un étonnement mêlé de malaise, et que cette grande question de la liberté individuelle, à laquelle tu n'avais peut-être pas beaucoup réfléchi encore, se présente à toi grosse d'orages sur cette terre de l'individualisme. Je ne sais pas ce que tu concluras à ton retour; mais je peux te dire ce que je conclus dans mon coin en fermant un très beau livre qui, pour moi, résume tout le coeur et toute l'intelligence de l'Amérique. C'est le livre du pasteur américain unitariste Channing.

Peut-être vas-tu traverser trop vite la patrie de cet homme remarquable pour entendre parler de lui ou du moins pour juger de l'influence qu'il a pu exercer sur les esprits. Je dois donc te le résumer en deux mots:

La raison, premier et principal guide de l'homme;

La liberté individuelle, premier devoir et premier droit de l'homme.

Cela paraît sec, présenté ainsi, et tu seras très étonné, quand tu liras ce philosophe, de trouver en lui un enthousiasme de charité extraordinaire, une éloquence partant du coeur, enfin toutes les qualités d'un véritable apôtre.