Allez-y gaiement, allez-y toujours, et vous verrez plus tard! Tout passe, jeunesse, passions, illusions et besoin de vivre; une seule chose reste, la droiture du coeur. Cela ne vieillit pas et, tout au contraire, le coeur est plus frais et plus fort à soixante ans qu'à trente, quand on le laisse faire.

Je ne vous ai pas remercié, c'est vrai, pour l'offre de votre bijou d'appartement; je ne vous remercie pas, j'accepte pour le cas où je n'aurais plus de gîte à Paris. Où serais-je mieux que chez mon enfant?—Mais, pour un bon bout de temps encore, j'ai mon petit grenier rue Racine et mes habitudes de quartier Latin.

Je vous embrasse de tout mon coeur et je vous charge de tous mes bons souvenirs pour les châtelaines.

G. SAND.

DXIII

A MADEMOISELLE LINA CALAMATTA, A MILAN

Paris, 31 mars 1862.

Ma Lina chérie,

Fiez-vous à nous, fie-toi à lui, et crois au bonheur. Il n'y en a qu'un dans la vie, c'est d'aimer et d'être aimée. Nous sommes deux qui n'aurons pas d'autre but et pas d'autre pensée que de te chérir et de te gâter. Nous aimons ton père si tendrement aussi, que tous nos soins et tous nos désirs seront pour le voir et le chercher, ou l'attirer ou le retenir le plus possible. Il en a toujours été ainsi, tu le sais. Il y a trente ans qu'il est un de nos meilleurs amis, et, à présent qu'il nous confie ce qu'il a de plus cher au monde, il est, avec toi, ce que nous chérissons le plus et le mieux. Maurice enfant l'a aimé d'instinct; homme, il l'a apprécié, et, quand il t'a vue, toi qui tiens tant de lui, il a senti pour toi une sympathie qui ne ressemblait à aucune autre.

Et moi donc!—Je sens bien que je te serai une mère véritable; car j'ai besoin d'une fille et je ne peux pas trouver mieux que celle du meilleur des amis.