Eh bien, j'ai un joli fils, qui vient d'avoir encore un magnifique succès et qui ne m'a pas écrit un petit mot, comme autrefois, pour me le dire! Ce jeune favori de la Gloire sait que qui dit représentation, dit triomphe, quand il s'agit de lui.
Aussi n'était-ce pas de l'inquiétude, c'était de l'impatience que j'avais de tenir mon petit mot de souvenir. Je l'attendais en me disant: «C'est l'occasion, le jour et l'heure!» Mais monsieur a oublié sa vieille amie. Fi, le vilain enfant! moi, je n'oublie pas de lui dire que je suis heureuse quand même, que je l'embrasse et que je compte au moins sur le premier exemplaire qui sortira du magasin.
G. SAND.
Maurice vient aussi d'avoir son petit succès avec un gros bouquin de costumes et de recherches[1] que les éditeurs ne suffisent pas à fournir. On vous envoie d'ici des bravos et des poignées de main en attendant qu'on vous les porte.
[1] Masques et Bouffons.
CDLI
A M. CHARLES-EDMOND, A PARIS
Nohant, 18 décembre 1859.
Cher ami,
Ce changement de titre me contrarie: je n'aime pas à céder sans savoir pourquoi. Mais c'est accompli, n'en parlons plus. Ce à quoi je ne puis céder, c'est à laisser couper mes feuilletons en deux. Pour cela, non, non, non! Dites-le, et avertissez que, si on ne se conforme pas aux conventions que vous avez faites avec moi, j'aime mieux que l'on me rende toute parole et le manuscrit. Je ne tiens pas à écrire dans les journaux, bien au contraire! Les feuilletons conviennent mal à ma manière et m'ôtent la moitié du succès que j'ai dans les revues et en volume. Il n'y a pas assez d'accidents et de surprises dans mes romans pour que le lecteur s'amuse au déchiquetage de l'attente. Ce roman-ci, particulièrement, a besoin d'être lu par chapitres comme ils sont chiffrés et coupés, pas autrement.