On s'apprête, pour le jour de l'an, à une grande représentation; la mortadelle et le stracchino, toujours infiniment estimables, seront les bienvenus, et, quant à ce que l'inspiration, te dictera d'ailleurs, pourvu que ce soit italien, Linette le dégustera religieusement.
Nous avons besoin de nous distraire et de nous secouer en famille; car l'air du dehors est bien triste; je crois que toutes les âmes sont gelées, puisqu'on supporte la politique du jour en France, et que M. Thiers devient le dieu du moment en renchérissant sur les beaux principes de la majorité. Jolie opposition! c'est honteux! vous pouvez bien dire à présent, en Italie tout ce que vous voudrez contre nous, nous le méritons. Nous sommes idiots, nous sommes fous, nous sommes lâches; voilà ce que l'autorité fait d'une nation. Mais on peut rager sans se décourager. L'indignation <est grande et on pousse à l'extrême la situation. Nous verrons bien des choses d'ici à quelques années.
Je t'embrasse tendrement, mon cher vieux. Ne te laisse pas abattre par les événements. Maurice me charge de t'embrasser aussi pour lui, et la petite Aurore, qui est une merveille de bon caractère et de gentillesse. Je t'écrirai pour le premier de l'an, afin de te dire où je vas, à Paris ou à Cannes, mais le jour n'est pas fixé. Il m'en coûte de quitter mes fanfans.
Il le faut pourtant, je crains d'être pincée comme l'année dernière.
A toi.
G. SAND.
DCLIX
A GUSTAVE FLAUBERT, A CROISSET
Nohant, 31 décembre 1867.
Je ne suis pas dans ton idée qu'il faille supprimer le sein pour tirer l'arc. J'ai une croyance tout à fait contraire pour mon usage et que je crois bonne pour beaucoup d'autres, probablement pour le grand nombre. Je viens de développer mon idée là-dessus dans un roman qui est à la Revue et qui paraîtra après celui d'About.