Tu me dis «Quand se verra-t-on?» Vers le 15 décembre, ici, nous baptisons protestantes nos, deux fillettes. C'est l'idée de Maurice, qui s'est marié devant le pasteur, et qui ne veut pas de persécution et d'influence catholique autour de ses filles. C'est notre ami Napoléon qui est le parrain d'Aurore; moi qui suis la marraine. Mon neveu est le parrain de l'autre. Tout cela se passe entre nous, en famille. Il faut venir, Maurice le veut, et, si tu dis non, tu lui feras beaucoup de peine. Tu apporteras ton roman, et, dans une éclaircie, tu me le liras; ça te fera du bien de le lire à qui écoute bien. On se résume et on se juge mieux. Je connais ça. Dis oui à ton vieux troubadour, il t'en saura un gré soigné.
Je t'embrasse six fois, si tu dis oui.
DCLXXXIV
A M. DE CHILLY, DIRECTEUR DU THÉÂTRE DE L'ODÉON, A PARIS
Nohant, 12 décembre 1868.
Mon cher ami,
Me gardez-vous le mois de février? Comptez sur moi. Dois-je compter sur vous?
J'ai un travail à vous lire, et je ne puis aller à Paris avant le mois de janvier. Ce serait trop tard pour faire des remaniements, s'il y en avait d'importants à faire. Voulez-vous me donner votre parole d'honneur que mon manuscrit ne sera lu que par vous, Duquesnel et une troisième personne, sûre, à votre choix? et que, jusqu'à ce que nous soyons d'accord sur la réception de la pièce, personne au monde ne saura que j'ai une pièce entre vos mains. Si vous ne me donnez pas cette parole, je ne puis agir; si vous me la donnez, je vous enverrai le manuscrit.
La pièce que je vous offre est de moi seule[1]; elle n'a été lue qu'à mes enfants. Je n'en ai même dit un mot à qui que ce soit. S'il y a une indiscrétion, elle viendra donc de l'Odéon, et je vous demande le secret jusqu'à nouvel ordre.
Réponse tout de suite.