«Quant à la question relative au caractère qui a servi à l'auteur de Malgré tout, elle est de celles qui ne souffrent pas de discussion pour quiconque sait sur quels principes repose la construction d'une oeuvre d'art. George Sand est un artiste: or il n'est point artiste, il est un vulgaire écrivain de lieux communs, celui qui photographie les personnages vivants dans une fiction. Que la prodigieuse carrière de telle ou telle individualité historique ait pu frapper l'esprit de George Sand, au moment où elle peignait les aspirations d'une aventurière ambitieuse, cela ne prouve pas qu'elle ait voulu peindre aucune figure de la vie réelle, ni qu'elle ait songé à jeter aucune lumière sur les faits qui la concernent.»

Je trouve ces réflexions justes et de bon goût, et je suis très étonnée de lire dans la Liberté une interprétation arbitraire des intentions que j'ai pu avoir.

Je vis si loin du mouvement quotidien, que je ne sais pas quel nom propre couvre le pseudonyme de Panoplès. C'est un homme ou une femme de talent; comment peut-il ou peut-elle faire cet affront à la littérature: assimiler la tâche de l'artiste à celle du pamphlétaire honteux? Si j'avais voulu peindre une figure historique, je l'aurais nommée. Ne la nommant pas, je n'ai pas voulu la désigner; ne la connaissant pas, je n'aurais pu la peindre. S'il y a ressemblance fortuite, je l'ignore, mais je ne le crois pas. Tout personnage d'invention est plus fort et plus logique que nature, dans le bien ou dans le mal. On peut tracer la figure d'une classe d'ambitieuses qui ont échoué et qui ont réussi dans leurs projets, sans avoir aucune figure en vue, et je crois qu'il vaut beaucoup mieux pour l'artiste qu'il en soit ainsi. Vous savez tout cela aussi bien que moi. Vous êtes du bâtiment. Panoplès trahit donc la fraternité maçonnique littéraire, en parlant comme il le fait.

A vous de coeur,

G. SAND.

J'ai eu envie de répondre; mais je crois qu'il vaut mieux laisser tomber cela que d'en occuper le public.

DCCXXXVI

A M. LE DOCTEUR HENRI FAVRE, A PARIS

Nohant, 3 juillet 1870.

Cher ami,