La petite est ravissante, une nature calme et gaie sans bruit. La peau toujours fraîche en plein soleil. Qu'est-ce que ça signifie? Dites, si vous savez. Elle regarde tout avec une attention extraordinaire, comme si elle était destinée à se rendre compte de tout. Elle a des yeux étonnants; elle est très grasse enfin à présent, très dormeuse et très bien portante.
Est-ce que vous avez tout votre monde à la Schlittenbach? Embrassez pour moi About et dites-lui d'embrasser sa charmante femme pour moi. Embrassez la vôtre d'abord, et Coliche, et la jeune czarine blonde. Mes enfants vous disent mille et mille amitiés. Venez donc nous voir si vous ne restez pas tout l'été en Alsace; car, moi, je ne sais pas si on ne me rappellera pas en août pour ma pièce. C'est dur, mais c'est comme ça. Je fais des voeux pour que les Benoiton se prolongent. Quand j'aurai lu Clemenceau, je vous en écrirai.
G. SAND.
[1] L'Affaire Clemenceau.
DCV
AU MÊME
Nohant, 5 juillet 1866.
Soixante-deux ans aujourd'hui.
Mon fils,
C'est très beau, très bien aussi, émouvant, vrai, dramatique et simple. Eh bien, le style est très relevé et très net, excellent par conséquent; une ou deux fois, dans de très courts passages, un peu trop recherché peut-être, en parlant de la nature. Mais c'est un homme exalté, c'est Clemenceau qui parle, et alors ce qui ne serait pas assez nature, dans la bouche de l'auteur, est à sa place et complète le personnage. Son type est bien soutenu et vous entre dans la chair. Je voudrais bien qu'il fut acquitté, moi; car, s'il a eu une crise de folie furieuse, il y avait de quoi. La femme est complète et la mère effrayante de vérité. Enfin, je trouve tout réussi et digne de vous.