Embrassez d'abord pour moi votre bonne mère et votre charmante nièce. Je suis vraiment touchée du bon accueil que j'ai reçu dans votre milieu de chanoine, où un animal errant de mon espèce est une anomalie qu'on pouvait trouver gênante. Au lieu de ça, on m'a reçue comme si j'étais de la famille et j'ai vu que ce grand savoir-vivre venait du coeur. Ne m'oubliez pas auprès des très aimables amies, j'ai été vraiment très heureuse chez vous.
Et puis, toi, tu es un brave et bon garçon, tout grand homme que tu es, et je t'aime de tout mon coeur. J'ai la tête pleine de Rouen, de monuments, de maisons bizarres. Tout cela vu avec vous me frappe doublement. Mais votre maison, votre jardin, votre citadelle, c'est comme un rêve et il me semble que j'y suis encore.
J'ai trouvé Paris tout petit hier, en traversant les ponts. J'ai envie de repartir. Je ne vous ai pas vus assez, vous et votre cadre; mais il faut courir aux enfants, qui appellent et montrent les dents. Je vous embrasse et je vous bénis tous.
G. SAND.
DCIX
A MAURICE SAND, A NOHANT
Paris, 10 août 1866.
Une heure de l'après-midi.
Il fait tellement sombre, que pour un peu j'allumerais la lampe. Quel temps! quelle année! c'est fichu, nous n'aurons pas d'été.
Je suis arrivée hier à quatre heures chez moi; j'ai trouvé une seule lettre de ma Cocote, c'est bien peu; j'espérais mieux. Enfin, tout va bien chez vous. Aurichette est belle, tu es guéri de tes rhumes, Lina promet de s'en tenir à un rhume de cerveau.