La suprême loi de l'univers, c'est la vie. Le dispensateur infatigable de cette vie sans repos et sans limites, c'est Dieu. Donner la vie est un acte d'amour. Dieu est donc le foyer universel de l'amour infini.

Ces dépôts, éléments ou débris de matière cosmique qu'on appelle nébuleuses, comètes, astéroïdes, etc., sont comme la poussière créatrice des mondes. Le nôtre en est une condensation et une combinaison quelconque. Leur approche épouvante les hommes, et pourtant la vie est dans le sein de ces foyers mystérieux répandus dans l'espace.

Ce monde, un des plus petits de ceux qui peuplent l'infini, vécut donc d'une vitalité brûlante, dès l'instant où il prit une marche régulière dans ces champs de l'Éther où sa route venait de lui être imposée. Une masse de substances en fusion s'étreignant et se dévorant sans cesse, tel fut le théâtre du gigantesque incendie qui, durant des chaînes de siècles véritablement démesurées, apparut dans les plaines du ciel, comme un imperceptible flambeau, étoile ou comète, pour les habitants des autres mondes.

Révélation ou induction, les mythes des anciens ont une grande profondeur. La vision de l'enfer a eu sa réalité ici-bas. Le règne de Pluton n'est pas un vain rêve. Relégué au fond des entrailles de la terre, le sombre esprit du feu rugit encore par la bouche des volcans: mais il a possédé l'empire de notre monde, il a plané à sa surface, il a fait corps avec lui; il y a versé des torrents de flammes, il y a promené ses torches fumantes et soufflé ses gaz méphitiques. Soufre et bitume, foudres et brasiers, amalgame ou liquéfaction de métaux, tonnerres effroyables, essor de nuées ténébreuses chassées au loin par les flammes dévorantes, effervescence sans frein du principe chimique, voilà ce qu'attestent les vestiges de ce premier âge de la terre.

Était-ce donc là la vie? C'était la vitalité minérale, la création de la charpente osseuse d'un monde destiné à appeler la vie dans son sein: donc c'était déjà la vie.

Un second âge transforme radicalement en apparence le destin de cette planète; mais il ne fait réellement que le modifier. Le principe chimique va être refréné fatalement par ses propres résultats. Ainsi que le combustible se vitrifie dans la fournaise, la masse incandescente s'est solidifiée et un peu refroidie à la surface, et les incommensurables masses de fumée que l'ardeur du feu refoulait dans les zones supérieures de l'atmosphère vont s'épancher en pluies diluviennes sur le sol encore brûlant.

C'est le règne de Neptune, c'est la lutte prodigieuse des océans qui se forment, avec les forces plutoniennes qui se débattent et se tordent, en proie à une longue agonie, une agonie de plusieurs centaines de mille ans. C'est l'époque de ces volcans sous-marins dont notre sol porte encore des traces si frappantes, l'époque des flots bouillonnants précipités sur le brasier qui siffle en s'éteignant peu à peu. Longtemps encore l'eau est ardente et les bassins des mers ne sont que d'immenses bouilloires. La terre tremble sous des chocs prodigieux, se fend, s'éclate et vomit ses entrailles.

Qu'est-ce donc que cet épouvantable combat de deux éléments en apparence acharnés à la destruction l'un de l'autre? Est-ce la lutte parricide de l'esprit des eaux né de l'esprit du feu, et de l'esprit du feu refusant l'empire de la terre à cette puissance nouvelle échappée de son propre sein?

Non, ce cataclysme, dont l'imagination de l'homme ne peut embrasser l'horreur et la durée (à peine perceptible peut-être dans les archives du ciel), ce n'est ni un chaos ni une destruction, c'est un hyménée, c'est un acte de l'amour divin, et le rugissement qui plane sur cette couche brûlante, c'est l'hymne nuptial de la matière qui émet et reçoit le principe d'un nouvel élément de vie.

Oui, c'est la vie organique qui s'élabore et qui lentement surgit sur la terre nouvelle. Les protubérances volcaniques que les eaux n'ont pu engloutir se dégagent peu à peu à mesure que les cataractes du ciel s'épuisent. Les mers tendent à s'asseoir dans leurs bassins refroidis, les continents futurs apparaissent à la surface des eaux comme des îles dont chaque heure de la création voit agrandir imperceptiblement la surface.