—Ah! vous pensez à cette grisette?

—Vous ne le croyez pas! mais vous m'avez si bien rembarré tout à l'heure! vous n'avez plus le droit de m'interroger.

Il accompagna cette réponse d'un regard si langoureusement pénétrant, que la marquise rougit de nouveau et se dit en elle-même:

—Il est entêté, il faudra prendre garde! Le marquis vint les interrompre.

—Flore, dit-il à sa femme, vous saurez une bonne nouvelle. Il a été décidé hier soir à la rue Saint-Florentin (manière de désigner l'hôtel Talleyrand où résidait le tsar) qu'on ne traiterait de la paix ni avec Buonaparte, ni avec aucun membre de sa famille. C'est M. Dessoles qui vient de me l'apprendre. Ordonnez qu'on nous fasse vite déjeûner; nous nous réunissons à midi pour rédiger et porter une adresse à l'empereur de Russie. Il faut bien formuler ce que l'on désire, et l'appel au retour des Bourbons n'a encore eu lieu qu'en petit comité. Prince Mourzakine, vous devez avoir une grande influence à la cour du gsar, vous parlerez pour nous, pour notre roi légitime!

—Soyez tranquille, notre cousin est avec nous, répondit madame de Thièvre en passant son bras sous celui de Mourzakine. Allons déjeuner.

—Inutile, dit-elle tout bas au prince en se rendant à la salle à manger, de dire au marquis que vous êtes pour le moment en froid avec votre empereur. Il s'en tourmenterait...

—Vous vous appelez Flore! dit Mourzakine d'un air enivré en pressant contre sa poitrine le bras de la marquise.

—Eh bien! oui, je m'appelle Flore! ce n'est pas ma faute.

—Ne vous en défendez pas, c'est un nom délicieux, et qui vous va si bien!