—Vous êtes donc bien pressés?

—Oui, monsieur, oui, nous sommes pressés d'avoir, si c'est possible, des nouvelles de notre pauvre mère.

—Qui, votre mère?

—Une femme célèbre, monsieur le Russe, Mademoiselle Mimi la Source, que vous avez vue danser, ça n'est pas possible autrement, au théâtre de Moscou, dans les temps, avant la guerre.

—Oui, oui, certainement, je me souviens, j'ai vécu à Moscou dans ce temps-là; mais je n'ai jamais été dans les coulisses. Je ne savais pas qu'elle eût des enfants... Ce n'est pas là que j'ai pu voir votre soeur.

—Ce n'est pas là que vous l'avez vue. D'ailleurs, vous n'auriez peut-être pas fait attention à elle, elle était trop jeune! Mais notre mère, monsieur le prince, notre pauvre mère, vous l'avez bien revue à la Bérézina! Vous y étiez bien avec les cosaques qui massacraient les pauvres traînards! Je n'y étais pas, moi, j'ai pas été élevé en Russie; mais ma soeur y était; elle jure qu'elle vous y a vu.

—Oui, elle a raison, j'y étais, je commandais un détachement, et à présent je me souviens d'elle.

—Et de notre mère? Voyons, où est-elle?

—Elle est probablement avec Dieu, mon pauvre garçon! Moi, je n'en sais rien!

—Morte! répéta le gamin, dont les yeux enflammés se remplirent de larmes. C'est peut-être vous qui l'avez tuée!