—Viens, lui dit Mourzakine dans sa langue. Le cosaque le suivit au salon.
—Regarde cette jeune fille, dit Mourzakine en soulevant le chapiteau de la lampe pour qu'il pût distinguer les traits de Francia; la connais-tu?
—Oui, mon petit père, répondit Mozdar; c'est celle qui a fait cabrer ton cheval noir.
—Oui, mais où l'avais-tu déjà vue avant d'entrer en France?
—Au passage de la Bérézina: je l'ai portée par ton ordre sur ton lit.
—Très-bien. Et sa mère?
—La danseuse qui s'appelait...
—Ne dis pas son nom devant elle. Tu la connaissais donc, cette danseuse?
—A Moscou, avant la guerre, tu m'envoyais lui porter des bouquets.
Mourzakine se mordit la lèvre. Son cosaque lui rappelait une aventure dont il rougissait, bien qu'elle fût fort innocente. Étudiant à l'université de Dorpat et se trouvant en vacances à Moscou, il avait été, à dix-huit ans, fort épris de Mimi La Source jusqu'au moment où il l'avait vue en plein jour, flétrie et déjà vieille.