—Avant de conclure, dit Mourzakine, effrayé d'être ainsi rançonné, mais n'osant discuter, vous allez porter une lettre à l'hôtel Talleyrand.

Et il écrivit à son oncle:

«Mon cher et cruel oncle, quel mal avez-vous donc dit de moi à ma belle hôtesse? Depuis votre visite, elle me persifle horriblement et je sens bien qu'elle aspire à me mettre à la porte. Je cherche un logement. Vous qui êtes déjà venu à Paris, croyez-vous qu'on me vole en me demandant cinq louis par jour, et que je puisse me permettre un tel luxe?»

Le comte Ogokskoï comprit. Il répondit à l'instant même:

«Mon frivole et cher neveu, si tu as déplu à ta belle hôtesse, ce n'est pas ma faute. Je t'envoie deux cents louis de France, dont tu disposeras comme tu l'entendras. Il n'y a pas de place pour toi à l'hôtel Talleyrand, où nous sommes fort encombrés; mais demain tu peux reparaître devant le père: j'arrangerai ton affaire.»

Mourzakine, enchanté du succès de sa ruse, donna l'ordre à Martin de conclure le marché et de tout disposer pour son déménagement.

—Vous nous quittez, mon cher cousin? lui dit le marquis à déjeuner; vous êtes donc mal chez nous?

La marquise devint pâle; elle pressentit une trahison: la jalousie lui mordit le coeur.

—Je suis ici mieux que je ne serai jamais nulle part, répondit Mourzakine; mais je reprends demain mon service, et je serais un hôte incommode. On peut m'appeler la nuit, me forcer à faire dans votre maison un tapage du diable...

Il ajouta quelques autres prétextes que le marquis ne discuta pas. La marquise exprima froidement ses regrets. Dès qu'elle fut seule avec lui, elle s'emporta.