—Qui l'a arrêté?
—Des Russes, mon bon prince; faites-le mettre en liberté bien vite!
Et elle raconta ce qui s'était passé au café.
—Eh bien! je ne vois pas là une si grosse affaire! répondit le prince. Ton galopin de frère est-il si délicat qu'il ne puisse passer une nuit en prison?
—Mais s'ils le tuent! s'écria Francia en joignant les mains.
—Ce ne serait pas une grande perte!
—Mais je l'aime, moi, j'aimerais mieux mourir à sa place!
Mourzakine vit qu'il fallait la rassurer. Il n'était nullement inquiet du prisonnier. Il savait qu'avec la discipline rigoureuse imposée aux troupes russes, nulle violence ne lui serait faite; mais il désirait garder un peu la suppliante près de lui, et il donna ordre à Mozdar de monter à cheval et d'aller au lieu indiqué lui chercher le délinquant. Muni d'un ordre écrit et signé du prince, le cosaque enfourcha son cheval hérissé et partit aussitôt.
—Tu resteras bien ici à l'attendre? dit Mourzakine à la jeune fille qui n'avait rien compris à leur dialogue.
—Ah! mon Dieu, répondit-elle, pourquoi ne le faites-vous pas remettre en liberté tout bonnement? Il n'a pas besoin de venir ici, puisqu'il vous déplaît! Il ne saura pas vous remercier, il est si mal élevé!